Comment gérer une infidélité?

Tous les conseils de Caroline Depuydt, auteure de « Bien dans sa tête grâce aux neurosciences ».

Elle vous a trahi. Il vous a trompé et vous vous sentez humiliés, non respectés, salis. Que faire ? Parler ? Pardonner ? Se venger ? Partir ?

Sans doute la première chose est-elle de se calmer et de tenter de réguler les flots d’émotions. Et on s’y efforce avec les outils donnés par la docteure Caroline Depuydt dans « Bien dans sa tête grâce aux neurosciences ». Dans cet ouvrage, la psychiatre et cheffe de service à la Clinique Fond’roy qui est aussi chroniqueuse dans l’émission radio « La grande forme » sur Vivacité explique comment être bien dans sa tête grâce à diverses approches thérapeutiques telles le modèle de Brooke, la thérapie ACT acceptation engagement, l’EFT ou technique de libération émotionnelle, la cohérence cardiaque, la méditation, le yoga, le sport et la neuro alimentation.

Pour l’heure, elle nous explique comment calmer la tempête émotionnelle liée à une infidélité grâce au modèle mis en place par la psychologue et fondatrice de The Life Coach School, Brooke Castillo.

Pouvez-vous expliquer comment le modèle de Brooke peut nous aider à dépasser l’infidélité de son ou sa partenaire ?

« Le modèle de Brooke est un cycle que l’on peut décomposer en 5 grandes lignes : circonstance/pensée/émotion/ action/résultat. Les circonstances – l’infidélité – suscitent des pensées : « il ou elle va m’abandonner pour l’autre c’est sûr » ou « je n’ai pas mérité ça, il ou elle se moque totalement de moi et détruit notre harmonie »… Ces pensées amènent des émotions comme une insécurité majeure, la honte, la colère ou le dégoût. Ces émotions provoquent des actions telles que se recroqueviller comme une huître de peur d’être abandonné, ou se lancer dans des disputes sans fin à cause de la colère inextinguible. Ces actions produisent des résultats – une séparation, une tension permanente à domicile – qui vont souvent alimenter le cycle de nouvelles pensées et renforcer l’impression de départ. »

Comme Brooke Castillo et d’autres psychologues, vous insistez sur le fait que ce sont les pensées qui engendrent les émotions et non les circonstances.

« Il est utile de mettre en évidence que les circonstances sont objectives et neutres, même l’infidélité, aussi étonnant que cela puisse paraître ! Ce ne sont pas les circonstances qui vont provoquer nos émotions, de joie ou de détresse, mais bien les pensées que nous avons à propos de ces circonstances. Décrire une circonstance, c’est comme énoncer un fait devant une cour de justice. Cette description la plus neutre possible permet déjà parfois de diminuer la charge émotionnelle qui y est jointe. Dans un couple polyamoureux par exemple, aller voir ailleurs ne sera pas vécu de la même façon que dans un couple qui s’est juré fidélité. Le même acte est ainsi vécu différemment selon les croyances que l’on a à son propos. Ce sont donc les pensées que nous avons sur cette circonstance qui peuvent nous plonger dans la joie, l’indifférence ou la plus profonde affliction. »

Comprendre que les circonstances sont neutres est important !

« Absolument car si nous n’avons pas de prise sur les circonstances (notre partenaire nous a trompé, c’est un fait objectif que nous ne pouvons pas changer), nous avons par contre un moyen d’action sur nos pensées et nos émotions qui n’appartiennent qu’à nous. Qui plus est, en prendre conscience permet de les vivre, de les accepter et de voir ce qu’elles peuvent nous enseigner pour tenter d’aller mieux, car nos émotions sont une boussole pour nous indiquer si nos besoins de base sont remplis ou non et de quelle façon nous pouvons nous employer à les combler. »

Après avoir identifié la pensée qui engendre l’émotion, il faut la modifier pour changer les émotions engendrées. Par quelle autre pensée la remplacer ?

« Je vous donne un exemple : la pensée « j’ai tellement peur qu’il ou elle me quitte » va provoquer une émotion de peur d’abandon et d’impuissance. Les actions qui s’en suivent seront peut-être de se mettre en retrait, de subir la situation sans rien dire et de développer une dépression. L’objectif est ici de chercher une pensée, à laquelle on croit, et qui pourrait nous être plus utile, plus constructive. Cette pensée pourrait être par exemple « je fais du mieux que je peux pour maintenir respect et sincérité dans mon couple, mais un couple c’est 50/50, je ne peux pas tout ». Ce genre de pensée permet d’une part de reprendre un peu le pouvoir et quitter l’impuissance mais aussi de ne pas mettre toute la responsabilité ou culpabilité sur soi ou sur l’autre. Cela peut amener à des actions concrètes : parler à son/sa partenaire, exprimer ses besoins, clarifier dans quelles conditions le couple peut durer. »

À quel rythme faut-il utiliser cette technique ? Tous les jours ?

« Cette méthode peut s’utiliser tous les jours ou une fois par semaine, ou quand le besoin nous en prend, selon l’intensité de la crise vécue. On peut prendre 10 minutes par jour pour faire un « flot de pensées », c’est-à-dire coucher par écrit ce qui nous passe par la tête, identifier une pensée ou une émotion majeure et construire un modèle à partir de cela. Ensuite il s’agit de voir si dans ce modèle, certaines pensées peuvent se travailler pour nous être plus utiles ou plus légères. Il est important de croire aux pensées alternatives que l’on tente de créer et de répéter ce processus avec bienveillance.

Ces changements sont-ils rapides ? Lents ?

« Cela prend du temps d’apprivoiser ses émotions et d’en faire des alliées plutôt que des ennemies. Certains changements peuvent être lents et prendre des semaines ou des mois quand les pensées et émotions qui nous animent sont enfouies en nous depuis des années et pas évidentes à déloger ou reformuler. Mais certains changements peuvent être extrêmement rapides, parce qu’on identifie l’émotion, on la vit, on l’accepte et on trouve une pensée alternative très puissante qui nous soutient beaucoup que ce soit « je choisis de me respecter et de ne pas subir cette infidélité, je pars quelques jours pour me retrouver voire je me sépare » ou « je choisis de donner un second souffle à notre couple et de voir cette infidélité comme une chance qui nous est offerte de nous reconstruire ». Vous êtes totalement libres ! Vivre et accepter son émotion ne veut pas dire tout supporter sans mettre de limites. »

La méthode de Brooke est-elle à combiner avec d’autres outils que vous conseillez dans votre ouvrage « Bien dans sa tête » ?

« Il est précieux d’associer la pratique du modèle de Brooke à d’autres outils, surtout en cas d’infidélité, quand on sait les montagnes russes émotionnelles et le traumatisme que cela peut créer. Je recommande de ne pas rester seul avec ses tourments, le lien social, quand il est possible, demeure très important. Un suivi psychothérapeutique peut être utile pour arriver à y voir plus clair. Par ailleurs, prendre soin de soi avec bienveillance est aussi capital, faire un sport que l’on aime, s’offrir des pauses bien-être, pratiquer de la méditation ou de la cohérence cardiaque pour apaiser son stress sont autant de pratiques qui permettront de traverser cette épreuve avec le plus de sérénité est d’auto-compassion possibles. Je rappelle que la cohérence cardiaque est une technique de gestion du stress extrêmement rapide et facile à mettre en place qui consiste à respirer pendant 5 minutes à une fréquence de 6 respirations par minute en suivant un guide respiratoire (une inspiration de 5 secondes et une expiration de 5 secondes). Tout un chapitre du livre est également consacré à cette méthode. »

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