Faire l’amour est-il bon pour le coeur ?

Faire l’amour fréquemment quand on est âgé est positif pour la santé cardio-vasculaire des femmes et beaucoup moins pour celle des hommes, si l’on en croit certains scientifiques. (Article écrit pour Fifty&Me et publié en octobre 2022)

Les bienfaits de la sexualité sur la santé sont pléthore puisqu’elle serait un anti-stress, anti-déprime, anti-vieillissement, anti-cancer, boosteur d’immunité et des facultés intellectuelles…. On s’attarde aujourd’hui à ses effets sur le cœur et la santé cardio-vasculaire. Maintes études précisent en effet combien les rapports sexuels sont bons à ce niveau. Mais le sexe apporte-t-il des avantages à la santé de tous et toutes de manière uniforme, quels que soient l’âge, le sexe, l’état de santé et la fréquence des rapports ?

Un exercice physique de niveau léger à modéré

Commençons d’abord par comprendre pourquoi faire l’amour est bon pour la santé. L’explication est assez simple: il s’agit d’une activité physique mobilisant les muscles comme les articulations, faisant fluctuer les hormones et pouvant apporter de surcroît un bien-être émotionnel et relationnel propice à la santé. L’exercice physique qu’est le rapport sexuel est qualifié par des études cliniques de niveau léger à modéré, comparé au fait de  “monter deux volées d’escaliers ou de marcher rapidement”. Pour les personnes âgées également, la relation sexuelle est recommandée. Elle peut améliorer la capacité des vaisseaux sanguins à se dilater comme la fonction de la paroi vasculaire. Elle peut encore fournir efficacement de l’oxygène aux muscles et, à son tour, améliorer la santé cardiovasculaire. Le bilan semble donc des plus positifs !

On nuance cependant les bienfaits de l’amour pour les personnes ayant eu des antécédents de maladie cardiovasculaire; celles-ci doivent rester prudentes. Et on nuance d’autant plus au regard d’une étude sortie en 2016 dans le Journal of Health and Social Behavior. Dans “Is Sex Good for Your Health? A National Study on Partnered Sexuality and Cardiovascular Risk among Older Men and Women”, les chercheurs Hui Liu, Linda Waite, Shannon Shen et Donna Wang se sont intéressés aux corrélations entre la sexualité des personnes âgées vivant en couple et les différents risques cardiovasculaires qu’il s’agisse de problèmes d’hypertension, de fréquence cardiaque ou du niveau de la protéine C-réactive qui élevé, est un marqueur de l’inflammation systémique et un bon prédicteur des maladies cardio-vasculaires. Ils ont également analysé les liens entre la sexualité et les déclarations de chacune et chacun quant à leurs éventuels anciens problèmes cardiovasculaires. Pour mener à bien leur étude, les chercheurs se sont plongés dans les données de l’étude nationale “National Social Life, Health and Aging Project” (NSHAP) pour retenir et analyser les profils de 2.204 individus âgés de 57 à 84 ans.

Des hommes âgés plus actifs sexuellement que les femmes

Le premier constat est en lien avec la fréquence et l’appréciation: les hommes plus âgés se disent sexuellement plus actifs que les femmes. Ils déclarent avoir des relations sexuelles plus fréquemment puisqu’ils sont entre 20 et 25% à dire avoir fait l’amour une fois par semaine ou plus au cours de la dernière année alors que les femmes sont 11% à faire de telles déclarations. De plus ils sont plus nombreux que les femmes à déclarer avoir apprécié le sexe à la fois physiquement et émotionnellement. Entre 33 et 36% des hommes le trouvent très agréable contre 17-23% des femmes.

On s’interroge sur ces décalages de fréquence et d’appréciation. Comment les expliquer ? Tout d’abord il faut rappeler qu’il s’agit de déclarations personnelles que l’on ne peut pas vérifier. Les hommes ont peut- être déclaré davantage de relations sexuelles qu’ils en ont réellement vécues. Tout comme les femmes peuvent avoir sous-déclaré leurs activités sexuelles. Ce serait logique au regard de ce que la société impose comme sexualité aux hommes et aux femmes. Aux premiers, elle offre une sexualité puissante, décrite comme essentiellement biologique et tournée vers le plaisir. Pour les hommes, le sexe est une affirmation identitaire, la preuve de leur masculinité. Aux secondes, la société impose une sexualité mesurée, restreinte et en lien avec l’émotionnel et le relationnel.

Des hommes âgés fragilisés par la fréquence sexuelle

Mais le deuxième constat de l’étude est plus inquiétant: une fréquence élevée de rapports sexuels peut être préjudiciable pour les hommes âgés! Ceux qui ont des relations sexuelles une fois par semaine ou plus, sont plus susceptibles de subir au cours des 5 années suivantes des événements cardiovasculaires comme une crise cardiaque, une insuffisance cardiaque et un accident vasculaire cérébral que les hommes qui n’ont pas eu de relations sexuelles au cours de la dernière année. Ils sont exposés à un risque de maladies cardiovasculaires presque deux fois plus élevé que les hommes âgés sexuellement inactifs. Par contre, les hommes qui ont des rapports sexuels peu fréquents, soit une, deux ou trois fois par mois, ne sont pas soumis aux risques de maladies cardiovasculaires. Ils en réduisent même les risques. Ainsi avoir des relations sexuelles trop fréquemment ou des niveaux extrêmement élevés de plaisir physique et émotionnel pourrait être un facteur de risque d’événements cardiovasculaires au fil du temps…..

Par contre les rapports sexuels fréquents ne posent aucun problème aux femmes âgées. Au contraire, le sexe semble même les protéger et favoriser la santé cardiovasculaire et réduire les risques d’hypertension !

Comment comprendre cela?  Ces résultats sont surprenants quand on sait que le sexe est qualifié d’exercice physique de niveau léger. Pourquoi dès lors de tels résultats? Les auteurs de l’étude les ont expliqués par la taille et la représentativité de leur échantillon qui recouvre toute la population américaine, comprenant des personnes bien plus âgées que les études précédentes. On sait que les risques liés à une fréquence sexuelle élevée ont tendance à augmenter à un âge plus avancé en raison des changements physiologiques du processus de vieillissement. Les auteurs expliquent également que leur étude ne fait pas le lien entre l’état de santé des personnes et leur sexualité.

Une autre explication est liée aux pressions sociales vis-à-vis du sexe. Sans doute les injonctions à la sexualité imposées aux hommes et les normes sociales de la masculinité entraînent-ils une angoisse de performance et un stress émotionnel. Ces éléments peuvent pousser les hommes à avoir des rapports sexuels fréquents même quand ils ont des problèmes de santé et des soucis sexuels. On sait que la performance sexuelle masculine et la capacité à atteindre l’orgasme sont impactées par l’âge et que les dysfonctions sexuelles sont fréquentes avec la vieillesse. Vouloir faire l’amour comme à 20 ans alors que le corps n’a plus les mêmes capacités peut épuiser et créer plus de stress sur le système cardiovasculaire.

On ne panique pas mais garde en tête que la sexualité n’est pas une question de performance et de fréquence. Si on ne soigne pas sa santé et que l’on est sédentaire, on ne peut plus faire l’amour comme autrefois. Avec les années, il convient de développer d’autres qualités sensuelles et sexuelles et de faire preuve de créativité érotique. Et puis on n’oublie pas de consulter un médecin pour lui demander conseil!

Is Sex Good for Your Health? A National Study on Partnered Sexuality and Cardiovascular Risk among Older Men and Women. Etude de Liu, H., Waite, L., Shen, S. et  Wang, D.

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